Flashback.
Il est 20h00.
Je suis assise par terre, les yeux dans le vague, dans les vestiaires de la salle polyvalente Saint Mamet de Saint Estève. Ma ville. Enfin, du moins ce que je crois.
Machinalement, je trifouille dans le Nikon D40 suréquipé prété par Jérôme, je fais mes derniers réglages. Je fais quelques aller-retours entre la scène et les vestiaires.
Ce soir, c'est le grand soir. Celui que j'attends depuis presque un an. Ce soir c'est le concert de la Sainte Dorothée, qui marquera sans doute la fin de mon passage au Point Information Jeunesse de Saint Estève. La boucle est bouclée, et dans ma tête, je ne peux m'empécher de revenir un an en arrière. J'étais ou?Je faisais quoi?
Les réponses sont claires dans mon esprit, et pourtant j'ai l'impression que c'était il y a une éternité. Il y a un an, débutait ce même concert. Il y a un an j'allais et venais dans la salle, mon pentax K100D dans les mains. Réglant les derniers détails d'organisation à coup de texto et de papiers, je me suis par la suite fait une petite place dans l'espace sécurisé entre la fosse et la scène et j'ai photographié. Sans conviction aucune.
Je reprends doucement mes esprits à l'entrée de Maya * dans la pièce. Lorsque la porte s'ouvre j'entends au loin le premier groupe de jeunes se produire sur scène, et je me dis que je suis fière. D'eux. De ce qu'ils ont accomplis. Je suis fière de moi, aussi. D'en être là où j'en suis, avec ma conscience en paix.
Ce soir, assise entre les douches et les WC, j'ai l'étrange sensation que ce sera différent.
A ma gauche il y a une guitare, une basse. Un set, je crois que c'est celui de Sheep * . A ma droite, une batterie. Celle de Happy Go Lucky, les petits jeunes du PIJ. Des guitares encore, electriques, accoustiques, il y en a pour tous les goûts. My Atmosfear, ou bien Newschool Kids. Devant moi, une boite de médiators s'est renversée. Dans un coin de la salle, un ampli, et assis par terre, Damien et Anthony, de Civil War * .
Bercée par les quelques notes de musique émanant des guitares de Damien et d'Anthony, ma tête s'appuie nochalement contre le mur carrelé et gelé. Je m'en fiche, je suis bien. A côté de moi Maya * est assise aussi, son carnet entre les mains, elle gratte. Un regard nous a suffit pour nous comprendre.
Machinalement, le flash de l'appareil photo s'éclaire, qui donnera plus tard mon cliché préféré de la soirée.
Les groupes s'enchainent, les photos fusent et le concert se déroule dans une ambiance déchainée.
Ce soir je suis dans mon monde, dans ma bulle. Ce soir, personne ne m'en sortira.
Ce soir, j'ai juste l'impression d'avoir enfin trouvé ma place.